Fragilisation par l'hydrogène
La fragilisation par l’hydrogène (FPH) est un risque critique pour les matériaux métalliques exposés à des milieux aqueux ou gazeux. L’Institut de la Corrosion assure la caractérisation, la qualification et le conseil sur la résistance des alliages à ce phénomène, pour tous les secteurs industriels.
Un risque critique pour les alliages à hautes propriétés
La fragilisation par l’hydrogène (FPH) désigne une perte de propriétés mécaniques des matériaux métalliques liée à la présence d’hydrogène – qu’il soit interne (introduit lors de la fabrication) ou externe (apporté par l’environnement de service).
Mécanisme général
L’hydrogène, sous forme atomique, diffuse dans la structure métallique et s’accumule aux défauts microstructuraux (joints de grain, précipités, dislocations). Cette accumulation fragilise localement le matériau et peut conduire à des ruptures prématurées ou une fissuration différée sous contrainte, parfois sans signe avant-coureur visible.
Risque industriel :
En pratique, une rupture par FPH survient souvent de façon soudaine sur des pièces apparemment intègres, compromettant l’intégrité structurale et la sécurité des installations..
Ces phénomènes sont classés selon la source d’hydrogène (interne ou externe) et le mécanisme de dégradation, permettant une approche méthodique de la qualification des matériaux.
FPH/HE
Fragilisation par l’hydrogène/Hydrogen Embrittlement : terme générique, perte de propriétés mécaniques liée à l’hydrogène
EAC
Endommagement assisté par l’environnement : interaction contrainte + milieu hydrogénant
HIC
Fissuration induite par l’hydrogène : accumulation de pression locale, typique des environnements H₂S
HISC
Rupture sous contrainte induite par l’hydrogène : applications en protection cathodique offshore
HAC
Dégradation assistée par l’hydrogène : rupture dominée par les interactions hydrogène/microstructure
SSC
Sulfide Stress Cracking : fragilisation en présence de H₂S dans les fluides pétroliers
Facteurs influençant la sensibilité à la fragilisation par l’hydrogène
Matériau
Résistance mécanique, microstructure, traitement thermique, revêtements
Chargement mécanique
Contraintes appliquées, contraintes résiduelles, taux de déformation
Environnement
Pression H₂, température, composition du milieu, pH, présence de H₂S, O₂
Diffusion & piégeage
Coefficient de diffusion apparent, piégeage, hydrogène diffusible
Durée d’exposition
Chargement en hydrogène cumulé, phénomènes de rupture différée
État de surface
Rugosité, couche passive/oxyde, revêtements sacrificiels (Zn, ZnNi)
La fragilisation par l’hydrogène en milieux aqueux et en hydrogène gazeux
L’Institut de la Corrosion dispose des moyens d’essai et de l’expertise pour caractériser la sensibilité à la FPH dans les deux grandes catégories de milieux rencontrés en service.
Milieux aqueux
En milieu aqueux, l’hydrogène est produit par les réactions électrochimiques cathodiques à la surface du métal – corrosion active, protection cathodique ou surprotection, milieux acides (H₂S, HCl). La vitesse d’absorption dépend du potentiel électrochimique, du pH, de la composition du milieu et de la présence de promoteurs d’absorption.
Eau de mer + protection cathodique → HISC / EAC
Milieux H₂S (pétroliers) → SSC / HIC – sévère
Corrosion atmosphérique (NaCl, MgCl₂) → FPH aciers haute résistance
Solutions acides (décapage, procédés) → Hydrogène interne
Électrodéposition (Zn, ZnNi) → Rupture différée
Milieux gazeux à haute pression
L’hydrogène gazeux haute pression interagit avec la surface du métal par adsorption-dissociation puis absorption. La fugacité de l’hydrogène — qui croît avec la pression – est le paramètre déterminant de la sévérité. Certains contaminants (O₂, CO) jouent un rôle inhibiteur ; d’autres (H₂S, humidité) aggravent l’absorption.
Plage de pression typique (mobilité H₂) → 20 – 700 bar
Effet de l’O₂ (contaminant) → Inhibiteur (réduction sensibilité)
Effet du H₂S (contaminant) → Promoteur (augmente l’absorption)
Essais autoclave (jusqu’à 250 kN) → SSRT, Ténacité, Fatigue
Éprouvettes creuses → Alternative basse/haute température
Mécanisme d’entrée de l’hydrogène dans les métaux

Principales réactions d’évolution de l’hydrogène à la surface d’un métal à partir de milieux aqueux et gazeux :
- Adsorption (ou adsorption-dissociation directe),
- Migration en surface,
- Dissociation,
- Absorption en sub-surface (ou absorption directe),
- Diffusion dans la masse et piégeage,
- Recombinaison moléculaire.
Expertises par secteur
L’Institut de la Corrosion intervient sur l’ensemble des secteurs industriels confrontés aux risques de la fragilisation par l’hydrogène, depuis la qualification de matériaux jusqu’à l’analyse de défaillances en service.
Automobile
La fabrication de pièces de châssis, de liaisons au sol et d’organes de structure en aciers très haute résistance (> 1 200 MPa) expose à la FPH lors des étapes de formage, traitement thermique, revêtement ou en service par corrosion atmosphérique.
- Boulonnerie et fixations haute résistance (ASTM F519)
- Pièces de structure embouties et découpées — bords vifs cisaillés
- Effets des revêtements zinc/ZnNi — FPH galvanique sous atm. humide
- Qualification vis-à-vis des essais accélérés de corrosion (NVDA, ACT1,…)
- Développement des gammes UHSS (>1500 MPa)2
- Quantification de l’hydrogène diffusible et du piégeage
En savoir plus sur notre expertise dans le secteur automobile.
Aéronautique & Défense
En aéronautique, les aciers inoxydables à haute résistance, les alliages de titane, d’aluminium série 7000 et base nickel présentent chacun des sensibilités spécifiques à la FPH, aussi bien lors de la fabrication qu’en service humide.
- Trains d’atterrissage et éléments de structure en aciers haute résistance
- Alliages d’aluminium 7xxx – FPH sous humidité ou corrosion atmopshérique
- Titane – risque de formation d’hydrures fragilisants
- Boulonnerie et fixations – e.g. ISO 15330
- Analyse de défaillance, faciès de rupture, microstructure
- Quantification de l’hydrogène interne/diffusible
En savoir plus sur notre expertise dans le secteur aéronautique.

Infrastructures offshore
En eau de mer, la protection cathodique imposée sur les structures acier génère une forte activité d’hydrogène en surface. Les connexions sous-marines, la boulonnerie de fond et les alliages à haute résistance pour tubes et raccords sont particulièrement exposés au risque HISC.
- HISC sur alliages inoxydables et base nickel (DNVGL-RP-F112)
- Boulonnerie offshore — qualification selon ISO 15156 / NACE MR0175
- Alliages base-nickel — détermination du KIH en eau de mer
- Effets de la surprotection cathodique — conditions de test représentatives
- Qualification de nouveaux matériaux pour applications subsea
En savoir plus sur notre expertise dans le secteur offshore.

Pétrole, Gaz & Pétrochimie
Contenu dans le pétrole brut et le gaz naturel, le H₂S est l’un des environnements les plus fragilisants. SSC (Sulfide Stress Cracking) et HIC (Hydrogen Induced Cracking) constituent un enjeu majeur pour la sélection des matériaux de tubing, casing et équipements de surface.
- Tests NACE TM0177 (méthodes A, B, C, D) en solution H₂S
- Essais HIC selon NACE TM0284 — aciers de pipeline
- Qualification ISO 15156 / NACE MR0175 pour matériaux en contact H₂S
- Aciers de pipeline X65 – X100 — fissuration sous contrainte et fatigue
- Haute pression / haute température (HPHT) — conditions de fond de puits
En savoir plus sur notre expertise dans le secteur Oil&Gas.

Transport & stockage H₂ haute pression
Le développement de la filière hydrogène (stations de recharge, pipelines dédiés, réservoirs embarqués) impose une qualification rigoureuse des matériaux métalliques en contact avec l’hydrogène gazeux haute pression, de 20 à 700 bar.
- Essais sous pression H₂ en autoclave (SSRT, ISL, fatigue, ténacité) — jusqu’à 250 kN et 700 bars
- Éprouvettes creuses — alternative économique pour présélection des matériaux ou conditions basse température
- Aciers de tuyauterie (type X65), aciers inoxydables 316L et autres
- Effet des contaminants : O₂, CO, H₂S, humidité sur la fugacité
- Support normalisé : ISO 11114, ASME B31.12, SAE J2579, EN 17533
En savoir plus sur nos capacités d’essai sous hydrogène gazeux.

Méthodes de caractérisation de la fragilisation par l’hydrogène
Le laboratoire de l’Institut de la Corrosion dispose d’un plateau technique complet pour l’évaluation de la sensibilité à la fragilisation par l’hydrogène, adapté aux différents matériaux, environnements et réglementations sectorielles.
| Méthode d'essai | Résultats obtenus | Durée typique | Milieu |
|---|---|---|---|
| Charge constante | Pass/fail ; contrainte et temps à rupture ; KIH | 720 h à 3 000 h | Aqueux Gazeux |
| Déplacement constant (C-ring, 3PB, U-bend) | Pass/fail ; contrainte et temps à rupture | Quelques heures à > 100 h | Aqueux |
| Traction lente (SSRT) | Indices de fragilisation | 2 à 15 jours | Aqueux Gazeux |
| Charge incrémentale (ISL / VDA 238-201) | Seuil de contrainte critique ; KIH | Variable (paliers) | Aqueux Gazeux |
| Mécanique de la rupture (CT, SENB) | KIH critique ; da/dt = f(KI) | 100 à 10 000 h | Aqueux Gazeux |
| Fatigue sous environnement | Courbes SN ; da/dN = f(ΔK) | Variable (fréquence) | Aqueux Gazeux |
| Perméation électrochimique/gazeuse | Coefficient de diffusion ; flux d'hydrogène | Quelques jours | Aqueux Gazeux |
| Thermo-désorption (TDS) | Quantification H diffusible/total ; énergies de piégeage | Analyse rapide | Analyse mat. |
Principales normes utilisées
Gamme de matériaux étudiés
L’expertise de l’Institut de la Corrosion couvre l’ensemble des familles d’alliages métalliques utilisées dans les secteurs industriels cités, avec une attention particulière à la corrélation entre microstructure et sensibilité à la la fragilisation par l’hydrogène.
Aciers et aciers inoxydables
Les aciers ferritiques et martensitiques à haute résistance (Rm > 900 MPa) présentent une sensibilité croissante avec le niveau de dureté. Pour les aciers austénitiques, la stabilité de la phase austénitique, liée à la teneur en nickel, est le paramètre clé. Duplex et superduplex font quant à eux l’objet de protocoles d’évaluation spécifiques, tenant compte de leur microstructure biphasée.
- Pipeline X52 à X100 et aciers HSLA
- Boulonnerie (grades 8.8 à 14.9)
- Inoxydables 316L, duplex 2205, superduplex 2507
- Maraging et à précipitation durcissante
Alliages spéciaux
Les alliages base nickel (718, 725, 925) sont largement utilisés en offshore et en pétrochimie. Leur qualification sous protection cathodique ou en milieu H₂S requiert des essais longs sur éprouvettes pré-fissurées. Particulièrement sensibles en conditions humides et à haute température, les alliages d’aluminium de série 7000 font l’objet d’une évaluation spécifique. Quant aux alliages de titane, ils sont qualifiés pour le risque de fragilisation par hydrures.
- Base nickel : 718, 725, 925, 625, C-276, …
- Aluminium 7075, 7150, 7050 (série 7xxx)
- Titane Ti-6Al-4V et alliages β
Notre expertise en fragilisation par l’hydrogène
L’Institut de la Corrosion accompagne industriels et bureaux d’études dans toutes les phases de qualification matériaux vis-à-vis de la FPH : sélection des essais adaptés à votre application, réalisation en laboratoire, interprétation des résultats et rédaction de rapports conformes aux exigences normatives et réglementaires. Notre équipe assure également la formation interne et le transfert de compétences sur les aspects théoriques et pratiques de la FPH.
F.A.Q – Fragilisation par l’hydrogène
1. Quelle est la différence entre FPH, HIC et SSC ?
Ces trois phénomènes désignent des modes de dégradation liés à l’hydrogène mais distincts. La fragilisation par l’hydrogène (FPH) est le terme générique : perte de ductilité sous l’effet de l’hydrogène interne ou externe. HIC (Hydrogen Induced Cracking) désigne une fissuration par accumulation de pression locale, typique des environnements H₂S sur aciers de pipeline. SSC (Sulfide Stress Cracking) combine contrainte appliquée et milieu H₂S, et concerne principalement les aciers et alliages haute résistance en industrie pétrolière. En savoir plus sur nos essais en milieux H₂S.
2. Quels matériaux sont les plus sensibles à la fragilisation par l'hydrogène ?
La sensibilité augmente généralement avec la résistance mécanique. Parmi les plus exposés : aciers martensitiques au-delà de 900 MPa, boulonnerie de grade 10.9 et 12.9, alliages base nickel en protection cathodique offshore (HISC) et aluminium 7xxx en conditions humides. Aciers austénitiques et alliages de titane présentent quant à eux des sensibilités spécifiques liées à leur microstructure.
3. Quels essais réalisez-vous pour qualifier un matériau vis-à-vis de la FPH ?
4. La fragilisation par l'hydrogène concerne-t-elle les applications hydrogène énergie ?
Oui, c’est un enjeu central pour la filière hydrogène. Pipelines, réservoirs embarqués, stations de recharge et électrolyseurs doivent être qualifiés sous pression d’hydrogène gazeux selon des normes spécifiques (ASME B31.12, SAE J2579, EN 17533, ISO 11114). Pour y répondre, l’Institut de la Corrosion dispose d’autoclaves permettant des essais jusqu’à 700 bar et 250 kN. Découvrir notre laboratoire hydrogène.